DIAKADI / Afrique de Nord / Tunisie

Premiers peuplements

Des Phéniciens à l'indépendance, en 1956, l'histoire de la Tunisie a été en effet marquée par une étonnante suite d'invasions

La Tunisie était peuplée depuis la préhistoire. Des traces de présence humaine découvertes dans les couches profondes du paléolithique témoignent de l'ancienneté du peuplement.

En 7000 av. J.C., les premiers habitants appelés Capsien s’installent dans la Vallée du Nil principalement dans la région de Gafsa (ancienne Capsa). Ils succèdent à une population littorale dite ibéromaurusienne.
Cette civilisation capsienne, pré-néolithique, fondée sur l'exploitation des mollusques, se répandra dans tout le nord du Sahara.

Les premiers habitants connus de la Tunisie sont issus de la migration des populations libyques venues du Sud, probablement les ancêtres des Berbères.
Leur nom dérive de "barbaroi", terme grec désignant les peuples ne parlant pas cette langue.

Antiquité

La première grande civilisation que connaît le pays est fondée par les Phéniciens qui installent vers 1100 av. J.C., le comptoir d’Utique, dans le nord-est de la Tunisie, non loin de Tunis.

Les Phéniciens, peuple sémite originaire de Syrie et du Liban, grands commerçants maritimes, s’installeront sur une grande partie des côtes africaines.

Carthage

En 814 av. J.C., la reine de Tyr, Élissa (appelée aussi Didon par les Romains), fonde, d’après la légende, la ville de Carthage.

Déjà comptoir phénicien, la ville connaît un développement très rapide.
Durant les siècles suivants, Carthage, devient un grand foyer de civilisation dominant peu à peu la totalité de la côte tunisienne et d’Afrique du Nord et règne même sur le sud de la péninsule Ibérique, la Sardaigne et une partie de la Sicile.

Bien que cet empire règne essentiellement sur l’espace littoral et maritime, et ne s’étend pas vers l’intérieur du pays, il est une puissance redoutable qui inquiète Rome.

Les guerres puniques

Rivales pour la maîtrise de la Méditerranée occidentale avec, au centre des enjeux, la possession de la Sicile, Carthage et Rome entrèrent en conflit à partir de 264 av. J.C.
Ce conflit qui dura près d’un siècle donnera lieu à trois guerres passées à la postérité sous le nom des "guerres puniques" et qui aboutiront à la victoire définitive de Rome en 148-146 av. J.C. qui s'emparant de la cité de Carthage, la rasèrent jusqu'au sol et emmenèrent les survivants en esclavage.

L’échec de Carthage malgré la fantastique expédition conduite par Hannibal qui a traversé les Alpes avec ses éléphants (218- 202 Av. JC) pour finir victorieux à Cannes a été précipité par la révolte des Berbères conduits de leur roi Massinissa et par leur conquête de nombreux territoires carthaginois.

Province romaine d’Africa

Au lendemain de la troisième et dernière guerre punique, Rome intègre l’essentiel du territoire formant l’actuelle Tunisie à la République puis à l'Empire.
Les régions montagneuses, restées aux mains des Berbères demeurent réticentes à la domination romaine.

Avec la Numidie, la Tunisie antique devenue la province de l'Africa Proconsularis, connaît alors pendant six siècles une grande prospérité. L'agriculture et l'urbanisation se développent faisant de la région le siège d'une brillante civilisation romano-africaine.

Au 2è siècle le christianisme fit son apparition : il y naitra de prestigieux hommes d'Église dont saint Cyprien (3è siècle) et saint Augustin (4è siècle).

Les vandales

Au cours du Ve siècle, alors que l’Empire romain, soumis aux invasions barbares, décline, les Vandales, peuple germanique, menés par leur chef Geiséric, traversent la péninsule Ibérique, franchirent le détroit de Gibraltar en 429.

Dix ans plus tard, après s'être rendus maîtres d'Hippone, ils entrèrent dans Carthage, et arrachent la province d’Afrique aux Romains. Ils s'y installèrent alors pour près d'un siècle.

Toutefois, les Vandales seront incapables de contenir les tribus hostiles à leur domination.
Leur défaite devant les Berbères, en 530, permet à l'empereur Byzantin Justinien l'occasion de s'emparer du territoire en 533.

L’empire Byzantin

Les Byzantins auront également fort à faire avec les tribus berbères qui refusèrent d’être intégrer dans la structure de leur empire et se soulevèrent plusieurs fois.

En 647, la première vague de l'expansion arabe emporta Sufetula (Sbeïtla), capitale du patrice Grégoire; d'autres expéditions suivirent et Carthage fut détruite en 698.

La conquête arabe et l'arabisation

Les arabes conquièrent la Tunisie en au VIIe siècle. Ils y resteront jusqu’au début du XVIe siècle.

Contrairement aux précédents envahisseurs, les Arabes ne se contentèrent pas d'occuper la côte et entreprirent de conquérir l'intérieur du pays non sans se heurter à la résistance berbère mené par La Kahina.

Cette célèbre reine guerrière berbère, de son vrai prénom « Dihya » ou « Dyna » ou encore « Damya, appelée Tadmaït », rassembla les tribus berbères et lutta dix ans durant contre l’envahisseur arabe. Elle remporta de nombreuses victoires dont la mort de Oqba Ibn Nafaa fondateur en 607 de Kairouan, la capitale de l'Ifriqiya (actuels Tunisie, Tripolitaine et Est algérien).

Le pays en grande partie christianisé, adoptera assez vite le style de vie et la religion musulmane après la défaite en 702 de La Kahina. Les Berbères refuseront cependant l'assimilation et adhéreront en masse au kharidjisme, hérésie née en Orient, proclamant l'égalité de tous les musulmans, sans distinction de races ni de classes.

Désormais pacifiée et islamisée, l’Ifriqiya connaitra plusieurs dynasties.

La dynastie des Aghlabides

De 800 à 909, l’Ifriqiya est gouvernée depuis Kairouan par les Aghlabides, qui ont fait allégeance au califat abbasside de Bagdad. Ibrahim ibn el-Aghlab fondateur de cette dynastie bâtît de remarquables monuments pour sa capitale.

Ses successeurs et lui-même s’appliqueront à développer les arts et la culture islamique.

Les Fatimides

L’Ifriqiya tomba ensuite, avec l’aide de tribus berbères, entre les mains des chiites fatimides (909-973).

Ils fondent Mahdia en 921, qui devient la capitale du pays.

Lorsque les Fatimides partirent pour l'Égypte, ils confièrent le pouvoir à leur vassal et allié le Berbère Bulukkin (ou Bologgin) ibn Ziri.

Au milieu du XIe siècle, les Zirides rompent avec le chiisme. Les Fatimides, pour se venger, aident militairement les nomades Banou Hilal (Hilaliens). Au plan économique, ces derniers dévastent les cultures et pillent les villages, contraignant la population rurale à se réfugier dans les villes.

Fragilisée, l'Ifriqiya sombra alors dans un long désordre. Elle suscite la convoitise de nombreuses tribus berbères et de peuples venus d’Egypte.

Dans la dernière partie du 12è siècle, ces conflits mèneront à l’invasion par les Normands. Commandés par le souverain sicilien Roger II, ils occupent temporairement plusieurs points stratégiques de la côte. Ils seront chassés en 1160 par les almohades, tribu berbère venue du Maroc.

Les almohades

A partir de 1159, le sultan almohade Abd al-Mumin et son armée occupe l’ensemble du territoire d’Ifriqiya.

Ayant pacifié et unifié les pays du Maghreb et l'Andalousie musulmane, les almohades établiront un grand empire où l’économie sera florissante et la culture développée.

Les Hafsides de Tunisie

Les Almohades nomment le Cheick Abû Muhammad, gouverneur de la Tunisie en 1207.
A sa mort en 1228, son fils Abou Zakariya lui succède.
Un an plus tard, il déclare l’indépendance de la Tunisie vis à vis du d calife almohade de Marrakech sous prétexte que celui-ci avait embrassé le sunnisme.

Il fonde la nouvelle dynastie berbère des Hafsides et établit la capitale à Tunis.
La région portera désormais le nom de « Tunisie » et les Hafsides bénéficieront du titre d’ "émir des croyants".

Les nouveaux maîtres de la Tunisie développent la ville grâce au commerce avec les chrétiens (Vénitiens, les Génois, les Aragonais et les Siciliens) même s'ils eurent à subir leurs attaques (Saint Louis, 1270 ; Français et Génois, 1390).

Les Espagnols en particulier, qui rêvaient de réinstaller la chrétienté en Afrique du Nord, multiplient les incursions fragilisant le pouvoir hafside.
En 1534, le pirate ottoman Barberousse prends Tunis. L’année suivante les hafsides sont rétablis avec l’aide de l’armée Espagnole mais le pays est placé sous la tutelle de Charles Quint.

Les Hafsides dirigeront la Tunisie jusqu’en 1574, ce qui en fait la première dynastie tunisienne par sa durée. Ils seront définitivement chassés du pouvoir par les ottomans, vainqueurs des espagnols.

La domination ottomane

Les Ottomans font de la Tunisie une province de l’empire en 1575.

Au bout de quelques années d'administration turque, en 1590, l’autorité impériale est confiée à des administrateurs locaux, connus sous le nom de deys de Tunis jusqu’en 1705, puis de beys. Ceux-ci restent retranchés dans leur palais sur les côtes, l’intérieur du pays étant laissé à l’abandon aux mains des bédouins.

En 1612, le dey Murad crée la dynastie des Muradides.

Le bey Hussein ibn Ali met fin à la dynastie mouradite en 1631 et instaure une monarchie absolue. Il fonde la lignée des Husseinites, qui règnera sur la Tunisie jusqu’en 1957.

Sous les premières décennies de règne des Husseinites, le pays connaît un incontestable essor économique notamment grâce au tribut versé par plusieurs nations maritimes, au gouvernement tunisien pour se prémunir contre toute agression au cours de leurs expéditions en Méditerranée.
Cette manne financière prendra fin au début du 19è siècle, quand les marines européennes assistés des navires américains, anéantissent la piraterie méditerranéenne.

Bien que toujours officiellement une province de l'Empire Ottoman, la Tunisie acquiert une grande autonomie à partir du 19è siècle et le pays vit de profondes réformes, comme l'abolition de l'esclavage et l'adoption en 1861 d'une constitution, la première du monde arabe.

Sur le point de devenir une république indépendante, le pays connut de graves difficultés financières, dues en partie à la politique économique désastreuse des Beys, qui furent contraints à déclarer la banqueroute en 1869.
L’État tunisien doit dès lors, accepter l’instauration d’une commission de contrôle financière, au sein de laquelle siègent l’Italie et la Grande-Bretagne, sous la présidence de la France.

Le pays est, de fait, sous la tutelle occidentale.

Époque Coloniale

La ruine de l’Etat Tunisien fut l'occasion pour les grandes puissances européennes de mettre pied dans le pays, qui fit l'objet de rivalités entre la France, la Grande-Bretagne et l'Italie.
La France souhaitait avoir un poste d’observation sur l’Algérie, la Grande-Bretagne était le premier partenaire économique de la Tunisie et l’Italie, première communauté européenne dans ce pays qui réalise 80% de ses échanges économiques avec elle.

A la suite du congrès de Berlin en 1878, La Grande-Bretagne qui a obtenu Chypre, laisse le feu-vert à la France pour mettre la main sur la Tunisie.
En 1881, prétextant une incursion khroumire en Algérie, Jules Ferry décide une expédition punitive qui débouche sur le traité du Bardo le 12 mai 1881 et impose au Bey un protectorat.
Ce protectorat sera dès le départ contesté par la population. La résistance anticoloniale dure pendant pratiquement la totalité des 75 ans de domination française.

En 1883, après avoir maté un soulèvement de tribus, les Français confient l'organisation de la conquête au résident Paul Cambon qui, devenu résident général en 1885, verrouille l’appareil étatique.
Il place aux côtés du bey et de son Premier ministre un secrétaire général chargé de contrôler leurs décisions et remplace les ministres tunisiens par des directeurs techniques français.
Au niveau local, des contrôleurs civils venus d'Algérie se substituent aux caïds tunisiens.

Cette politique stimule la reprise économique (mise en place du réseau ferroviaire ; mise en valeur des phosphates de Gafsa ; plantation des olivettes de Sousse et de Sfax) mais favorise également l’émergence d'une bourgeoisie réformiste et la montée du nationalisme.
Exclus de la gestion des affaires de leur pays, les Tunisiens commencent à réclamer leur indépendance.

La marche vers l'indépendance

En 1907, Ali Bach Hamba et Hedi Sfar créent le groupe des Jeunes Tunisiens.
En 1911, une émeute déclenchée à Tunis au moment de la guerre italo-turque donne le point de départ d'un mouvement d'opposition organisé, mais celui-ci fait aussitôt l'objet d'une très dure répression. Le mouvement des Jeunes Tunisiens ne pourra réapparaître qu'après 1918.

Après la Première Guerre mondiale, la création, en 1920, du Destour relance le mouvement nationaliste. La quête de libération gagne alors en détermination.

Le mouvement est touché par l'arrestation et l'exil, en 1925, des leaders de la Confédération générale des travailleurs tunisiens (CGTT). Une dynamique nouvelle résulte de l'orientation spécifiquement tunisienne, libérale et laïque donnée, en 1933, au Destour par Habib Bourguiba.

En 1934, la rupture se produit avec le Vieux Destour et la lutte connaît un nouvel élan avec le néo-Destour.
Les chefs du Néo-Destour sont déportés dans le Sud, puis libérés, en 1936, par le gouvernement Léon Blum qui ouvre des négociations interrompues par la chute du ministère en juin 1937. Des incidents sanglants se produisent, en juillet 1937, et provoquent à nouveau l'arrestation des chefs du Néo-Destour et, en 1938, la proclamation de l'état de siège.

La Seconde Guerre mondiale interrompt à peine l'action des nationalistes. Dès la fin des années 1940, le mouvement prend de l'ampleur.

Pour avoir tenté de canaliser à son profit les idées nationalistes, Moncef bey est déposé après la campagne de Tunisie qui met fin à l'occupation allemande du pays (novembre 1942 à mai 1943). Il est remplacé par Lamine bey.

En 1947, Habib Bourguiba participe à la création du Comité de libération du Maghreb au Caire et favorise en 1948 la constitution de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT). En août 1950, le bey forme un gouvernement auquel participe le secrétaire général du Néo-Destour.

Habib Bourguiba présente un programme visant à obtenir l’indépendance et s'élève contre l'affirmation, le 15 décembre 1951, par le gouvernement français «du caractère définitif du lien qui réunit la Tunisie à la France» et encourage la résistance armée. Il sera une nouvelle fois arrêté en janvier 1952, alors que les nationalistes ont commencé la lutte armée.

En 1954, avec l'arrivée de Pierre Mendès France à la présidence du Conseil : la France consent à négocier avec les nationalistes.
La Tunisie obtient d’abord l'autonomie interne le 31 juillet 1954. Puis, le 20 mars 1956, un protocole abolit le traité du Bardo et reconnaît l'indépendance de la Régence.

La Tunisie indépendante

Le Néo-Destour obtient 95 % des suffrages aux élections d'avril 1956.
Devenu chef du gouvernement, Habib Bourguiba brise l'opposition de Salah ben Youssef (1956-1957), écarte Lamine bey et, le 25 juillet 1957, abolit la monarchie et proclame la République tunisienne dont il devient le premier président.

Les années Bourguiba

Bourguiba met sur pied un régime qui se veut à la fois moderne (laïcisation de l'enseignement, promulgation du Code du statut personnel avec interdiction de la polygamie et déclaration de l'égalité entre les hommes et les femmes...), libéral (reconnaissance des libertés fondamentales) et socialiste (réforme agraire, développement planifié).

Passé les premiers temps de l'indépendance, la politique de Bourguiba suscite de vifs mécontentements. Néanmoins, Habib Bourguiba sera élu président le 8 novembre 1959.

Sur le plan international, une nouvelle série de nationalisations de terres de colons en 1964 provoque la suspension de l'aide financière ce qui entraîne une forte dévaluation de la monnaie nationale en septembre 1964.
Critiquée par les pays arabes pour ses positions modérées envers Israël, la Tunisie voit ses relations diplomatiques rompues avec l'Égypte (octobre 1967) puis la Syrie (mai 1968).

Le projet d'accélération de la réforme agraire provoque un mécontentement généralisé. En novembre 1969, le Premier ministre Ahmed Ben Salah est déchu et exclu du parti. Après la réélection de Bourguiba, le 2 novembre 1969, le Premier ministre Baghi Ladgham met fin à la réforme agraire, augmente les salaires des ouvriers et abaisse les prix.

À partir de 1970, la Tunisie se rapproche de nouveau des pays arabes : Fidèle à ses engagements envers le peuple palestinien, la Tunisie sera une terre d'accueil pour les dirigeants de l'OLP de 1982 à 1993.

A partir de Mai 1971, Habib Bourguiba met tout en œuvre pour garder la main mise sur le parti : il met à l’écart ses principaux rivaux (condamnation à dix ans de travaux forcés de Ahmed Ben Salah, exclusion du parti des libéraux et de leur dirigeant Mestiri), puis se fait élire à vie à la présidence du PSD. Ceci accompli, il fait exclure les opposants et adopter le système du parti unique.

Entre temps un projet de fusion avec la Libye du colonel Kadhafi initié en janvier 1974 est annulé en mars de la même année.

L'agitation étudiante quasi permanente est sévèrement réprimée en avril 1974.

Habib Bourguiba est réélu le 3 novembre 1974 à la présidence de l’état puis il est désigné en mars 1975, chef de l'État à vie. Dès lors les crises, se succèdent. En 1978, la Tunisie est victime d’une crise économique sans précédent qu’un accord entre le gouvernement, l'UGTT et le patronat signent, en janvier 1977 ne parvient pas à enrayer.

L’agitation sociale de plus en plus élevée aboutit en 1978 à une grève générale déclenchée par L'UGTT. Elle sera brutalement réprimée par l'armée (plus de 200 morts) et les principaux responsables du syndicat sont arrêtés et Habib Achour est condamné à dix ans de travaux forcés.

A partir d’avril 1980, le gouvernement de Bourguiba amorce un assouplissement de sa politique vis-à-vis des opposants.
Les dirigeants de l'UGTT et les membres du Mouvement d'unité populaire (MUP) condamnés sont amnistiés (à l'exception de Ben Salah) en 1981. Au congrès du PSD d'avril 1981, Bourguiba affirme les droits des syndicats à l'autonomie et annonce une évolution vers le multipartisme.
Le 1er novembre, le Front national, constitué entre le PSD et l'UGTT, obtient la totalité des sièges.
Le multipartisme est instauré en novembre 1983.

La hausse du prix des produits de première nécessité provoque, début 1984, de graves émeutes appelées "Emeutes du pain" dans le sud du pays et à Tunis. Bourguiba annule les hausses pour restaurer le calme.

En décembre 1984, Habib Achour redevient secrétaire général de l'UGTT. La répression s'abat en 1985 sur l'UGTT. En 1987, deux militants du Mouvement de la tendance islamique (MTI) sont condamnés à mort.

L'après Bourguiba

Déclaré «médicalement empêché», le président Bourguiba est, le 7 novembre 1987, destitué et remplacé par le général Zine el-Abidine Ben Ali, nommé un mois plus tôt Premier ministre.

Doté de nouvelles structures, le PSD devient le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) et un processus de renouvellement des dirigeants est engagé.

La Constitution abolit les dispositions relatives à la présidence de la République à vie et des mesures d'amnistie sélectives sont prises.

Le 2 avril 1989, Ben Ali, candidat unique, est élu président de la République et le RCD obtient la quasi-totalité des sièges à l'Assemblée nationale.
D’abord, ouvert aux arguments des islamistes, le nouveau président consacrera l’arabisation de l’enseignement et développera un islam d’État (contrôle des mosquées, diffusion des appels à la prière par la télévision publique).
Parallèlement, il autorise le multipartisme, appliquant la démocratisation aux islamistes modérés, organisés au sein du parti Ennahda (« la Renaissance »).
Mais le succès de ce parti aux élections législatives de 1989 et aux élections municipales de 1990, ainsi que les exemples de l’Algérie et de la Libye en proie au chaos et à l’immobilisme fera craindre les dérives de l’islam politique. De sorte que Ennahda sera de nouveau interdit en 1991.

De graves incidents se produisent, le 8 mai 1991, sur le campus universitaire de Tunis: deux étudiants sont tués.
Le 22 mai 1991, un projet de complot de l'organisation islamiste Ennahda, visant à assassiner le président Ben Ali, est découvert. C’est le début d’une farouche répression contre les milieux islamistes.

En mars 1994, La modification du code électoral permet les premières élections législatives multipartites.
L’opposition obtient ses premiers sièges à l’assemblée dans l'histoire de la Tunisie indépendante, mais aux élections municipales de 1995 l'opposition n’obtiendra, dans l'ensemble du pays, que 6 sièges sur 4090.

Seul candidat en lice, Le président Ben Ali, obtient 99,9% des suffrages à la présidentielle de 1994.
Il renforce son emprise sur l'État ainsi que la répression contre les islamistes. Cependant, la libéralisation de l'économie et les efforts en faveur du développement économique se poursuivent et une meilleure redistribution des revenus est mise en place.

La première élection présidentielle pluraliste de la Tunisie aura lieu le 24 octobre 1999 et le Président en exercice, Ben Ali sera réélu.
Grâce à un bon bilan (doublement du revenu par habitant en dix ans ; augmentation de cinq ans de l’espérance de vie, et division par deux de la mortalité infantile, un sentiment de la population de vivre dans un havre de paix et de prospérité), le président Ben Ali soumet à ses électeurs un projet de réforme constitutionnelle.
En effet, bien qu’il ait lui-même abrogé la présidence à vie instaurée par son prédécesseur, le président Ben Ali souhaite briguer un quatrième mandat ce que ne lui permet pas la constitution en vigueur.
Le référendum du 26 mai 2002, accusé d'irrégularités voire de fraudes par les opposants, se transforme en un véritable plébiscite, avec 99,61% de « oui ».
La nouvelle Constitution prévoit le renouvellement sans limite des candidatures à la présidence et repousse de 70 à 75 ans l’âge limite pour y postuler. Le chef de l’État bénéficie en outre d’une immunité pénale pour tous les actes accomplis durant sa présidence.

Aux élections de 2004, Ben Ali est encore réélu avec 94,48 % des suffrages.

Bien que les autorités officielles de l'État tunisien affirment l'attachement du président Ben Ali "à l'indépendance de la justice et au respect des principes de l'état de droit, des valeurs des droits de l'homme et des conventions et accords internationaux y afférant", de nombreuses organisations internationales dénoncent des "violations graves et systématiques des droits de l'homme et des libertés fondamentales".
Opposants et défenseurs des droits de l'homme sont emprisonnés ou contraints à l'exil.

Ben Ali sera une nouvelle fois réélu en 2009.

La révolution tunisienne

Le 17 décembre 2010, un vendeur ambulant de Sidi Bouzid (Centre), s'immole par le feu, pour protester contre la confiscation de sa marchandise par la police. Cette tragédie sera le point de départ d’un mouvement social et politique sans précédent rassemblant l'ensemble de la jeunesse tunisienne sans distinction d’origine ou de statut social.

Le mouvement s'intensifie en dehors de toute force politique organisée, s'étendant en premier lieu à d'autres villes de l'intérieur du pays comme Meknassi, Thala, Kasserine ou Regueb avant de gagner Tunis à partir du 11 janvier 2011, alors que l'Union générale tunisienne du Travail (UGTT) s'est jointe au mouvement.

Le pouvoir en place réagit tout d’abord par la force policière causant la mort de dizaines de manifestants et des centaines de blessés. Mais devant l’ampleur de du mouvement et la détermination des manifestants, l'armée refuse de participer à la répression.

Le 13 janvier, Ben Ali, 74 ans, annonce son intention d'abandonner le pouvoir à la fin de son mandat, en 2014 ainsi que de nombreuses mesures destinées à ramener le calme : création de 300 000 emplois, renvoi du ministre de l'Intérieur, renoncement à un nouveau mandat en 2014, rétablissement de la liberté de la presse, dissolution du gouvernement et organisation d'élections anticipées.

Le 14, le chef de l'Etat s'enfuit en Arabie saoudite avec 1,5 tonne d'or dans ses bagages.

L’après Ben Ali

Le 15 janvier, le président du Parlement, Foued Mebazaa, devient chef de l'Etat par intérim en vertu de l'article 57 de la Constitution, qui prévoit des élections dans les soixante jours. "Tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive" seront associés au processus politique, assure le nouveau président, qui charge le Premier ministre sortant, Mohamed Ghannouchi, de former un gouvernement d'union nationale.
De Londres, le chef du parti islamiste tunisien Ennahda, Rached Ghannouchi, annonce son retour.

Le 17 Janvier 2011, un nouveau gouvernement de transition, qui ne fait pas l'unanimité (anciens ministres à des postes-clés), est nommé en attendant des élections libres.
Une série de grandes décisions est annoncée, dont l'organisation d'élections présidentielle et législatives transparentes et démocratiques dans les six mois, la libération prochaine de tous les prisonniers politiques, la légalisation des partis et ONG interdits, la création d'une commission chargée d'enquêter sur les malversations et la corruption.

Néanmoins le mouvement maintient sa pression sur le pouvoir. Le but est d’apporter de vrais changements en premier lieu exclure du gouvernement tous les représentants de l'ancien régime.
Les manifestants obtiennent ainsi un premier remaniement gouvernemental et le départ de M. Ghannouchi le 27 février remplacé par Béji Caïd Essebsi, ancien ministre sous la présidence d'Habib Bourguiba.
Un second remaniement ministériel, le 7 mars, expurge définitivement tous les ministres de l'ère Ben Ali.
Parallèlement, le démantèlement de l'ancien appareil de sécurité de l'État est annoncé.

Dans l'attente de la convocation d'une assemblée constituante, s'ouvre ainsi une transition aussi inattendue qu'incertaine.

L’assemblée constituante

En octobre 2011, les Tunisiens ont été appelés à voter pour élire une Assemblée Constituante de 217 membres. Ce sont les premières élections libres.

90 % des inscrits volontaires ont voté. Ils étaient plus de 4 millions à s'être inscrit.
Trois autres millions de Tunisiens, non inscrits, pouvaient venir voter avec leur carte d'identité.

Les élus de l’Assemblée Constituante seront chargés de rédiger une nouvelle Constitution mais ils devront aussi désigner un président et un gouvernement intérimaire, dans l'attente d'autres élections.

Les résultats officiels des élections de l'Assemblée constituante en Tunisie ont été annoncés le 27 octobre au soir.
Les islamistes d'Ennahda sont les grands vainqueurs des élections, les premières depuis la «révolution du jasmin». Avec 41,7% des sièges, le parti islamiste est en tête dans l'ensemble des 33 circonscriptions du pays. Il obtient 90 sièges sur 217.
Le Congrès pour la République, le parti de Moncef Marzouki, l'opposant historique à Ben Ali, termine deuxième de cette élection avec 30 sièges et 13% des sièges.
Ettakatol, du social-démocrate Mustapha Ben Jaafar, est sur la dernière marche du podium avec 21 sièges.

Ennadha n’a pas obtenu la majorité absolue.
Pour gouverner il devra créer des alliances avec au moins un des partis.
Il se pourrait vraisemblablement que sera avec le Congrès pour la République ouvert au dialogue avec les islamistes.