Préhistoire

Le désert de Lybie est riche de traces archéologiques.

Le travail des archéologues ainsi que les fouilles effectuées en Cyrénaïque, notamment dans le grand abri sous roche d'Haua Fteah, non loin vers l'est d'Apollonia, ont permis de démontrer que la préhistoire libyenne commence dès le Paléolithique moyen (300 000 – 30000 ans).

La découverte de fossiles de lémuriens, de petits rongeurs de reptiles et d’oiseaux sur le site de Sheikh Abdallah (entre l’oasis de Farafra et celle de Baharia ) atteste qu’avant de se désertifier, cette région était humide et verdoyante.
Le pays était couvert de savanes herbeuses peuplées de girafes, d'éléphants, de buffles, d'autruches. Les oueds (ou wadis) abritaient des crocodiles et des hippopotames.

Tous ces animaux, ainsi que des scènes de fécondité ont été représentés sur les parois des galeries que les wadis ont creusées dans les plateaux du Fezzan.
Les premières vagues de gravures rupestres apparaissent entre 7 500 et 7 000.

Civilisations antiques en Libye

Les Lebous

Dès le II e millénaire av. J.-C., les Lebous (ou libou) installés en Cyrénaïque formaient un peuple redouté des Egyptiens. Ces derniers désignaient par lebous tous les peuples nomades qui vivaient dans le désert situé à l’ouest de la vallée du Nil. Ils étaient représentés avec une plume dans les cheveux.

Les Lebous de Cyrénaïque, aidés des Mahouach, attaquèrent l’Égypte pharaonique à partir du 12e siècle avant notre ère. Certains de ces Libyens sont demeurés en Égypte, mercenaires à la solde de la 21e dynastie. Les deux dynasties suivantes, à partir de 945 av. J.-C., furent libyennes.

A partir du 7è siècle avant J.C. la Libye va connaître parallèlement la présence grecque à l’est (fondation de Cyrène en 631) et la présence punique à l’ouest (fondation de comptoirs carthaginois à la fin du 6è siècle avant J.C.).

Les grecs

L’installation des grecs en Libye remonterait à 631 avant J.C. Elle serait le fait de 200 hommes venus de Théra (actuelle Santorin) poussés par la famine, conduit par leur roi Battos et sur les conseils du dieu Apollon. Ils fondèrent la ville de Cyrène (Cyrénaïque) dont la prospérité assurée par le commerce des céréales et du silphion, (plante qui poussait dans la zone subdésertique, utilisée comme condiment et médicament miraculeux, vendue à prix d'or) attira de nombreux jeunes Grecs venus de Théra, mais aussi de Rhodes et du Péloponnèse.

La Libye grecque était constituée de cinq cités :
- Cyrène qui restera longtemps la ville dominante et fut même la troisième ville grecque après Athènes et Syracuse.
- Apollonia (Sousse) : port de Cyrène située à 20 km de celle-ci.
- Taucheira : qui deviendra Arsinoé (aujourd'hui Tokra)
- Ptolémaïs : port de Barca qu’elle a très vite supplantée. Elle est située près de la ville moderne de Tolmeitha.
- et Euhespérides qui deviendra Béréniké (aujourd'hui Benghazi).

Ces cités firent donner à cette région le nom de Pentapole, soit «la terre aux cinq Cités».

En 321 avant J.C, Cyrène et les autres cités de Pentapole tombe entre les mains de Ptolémée, général d’Alexandre le Grand et qui avait déjà reçu l'Egypte lors du partage de l'empire d'Alexandre. Il y fondera la dynastie des Lagides, contrôlera le pays dès 321, puis en réorganisera les institutions.
Désormais sous tutelle d'Alexandrie, Cyrène et les autres cités de Pentapole continueront de se développer.

Les Phéniciens

Les Phéniciens commencent à s’intéresser aux côtes libyennes dès les premières années du VIe siècle, comme toujours pour s'assurer des ouvertures commerciales.
Les marchands carthaginois y implantèrent, d'ouest en est, des comptoirs permanents, dont Sabratha, Oea (future Tripoli) et Leptis Magna qui formèrent les emporia de la Tripolitaine.

Bientôt assujettis par les Carthaginois, ces trois comptoirs devinrent des villes florissantes qui firent leur richesse du commerce de l'huile d'olive et des marchandises venues par caravanes du Niger ou du Sahara (pierres et métaux précieux, esclaves, ivoire, animaux sauvages, plume d’autruche).

L’extension des cités grecques rendue impossible par la résistance des peuples du sud, les cyrénéens décident de s’étendre vers l’ouest, chemin des caravanes commerçant avec les Carthaginois. Ce qui ne manqua pas de créer un conflit avec ces derniers enlisant les deux états dans une guerre longue et sanglante.
L’histoire rapporte que pour y mettre fin les cyrénéens et les Carthaginois conclurent d’un commun accord qu'à un jour déterminé des envoyés partiraient de chaque ville, et que le lieu où ils se rencontreraient deviendrait la limite des deux territoires. Les Carthaginois chargèrent deux frères, les frères Philène, d’effectuer cette course. Ils gagnèrent haut la main une grande étendue de territoire, ce qui sembla suspect aux cyrénéens qui contestèrent cette victoire, les traitant de tricheurs. Ils acceptaient néanmoins de reconnaitre cet endroit pour limite si les deux frères s’y laissaient enterrer vivants. Pour la gloire de leur patrie et pour leur honneur, les deux frères acceptèrent la proposition. Leur patrie reconnaissante élèvera des autels sur le lieu de leur sacrifice.

Ainsi Grecs et Phéniciens se partagèrent les côtes de l’actuelle Libye jusqu’à ce que Rome, au premier siècle avant JC, puis Byzance réunissent ces provinces sous une même autorité.

Les Romains

Les cités de Sabratha, Oea et Leptis Magna, bien que carthaginoises, bénéficiaient d’une large autonomie si bien qu’à la fin des guerres puniques qui vit la destruction de Carthage, elles furent épargnées et mises sous tutelle du roi numidien Massinissa, vassal des romains.
Elles deviendront romaines en 105 avant J.C. suite à la guerre avec Jugurtha, petit-fils de Massinissa, qui voulait s’affranchir de la tutelle romaine.

La Cyrénaïque quant à elle devient romaine en 96 avant J.C. après que le souverain Lagide eut cédé ses droits par testament.

En 67 avant J.-C., Pompée réunie Cyrénaïque et Crète sous un même commandement, afin de lutter contre les pirates.
Les deux territoires unifiés, riches et fertiles, deviennent l’un des greniers de l’Empire romain. L'agriculture est révolutionnée grâce à l'eau des puits, des aqueducs et des réservoirs installés par les Romains.

Le pays est rapidement latinisé. Les Romains introduisent leur civilisation et leur manière de vivre en Libye. Ils firent agrandir les villes, construire des théâtres, des temples, des cirques et les bains publics.
Les Romains construisent des routes favorisant ainsi le passage des caravanes de commerce entre la Libye et les pays du centre de l'Afrique.
L’influence romaine se fait sentir jusque dans les oueds où les nomades commencèrent à s’installer durablement.

Devenue province romaine, la Libye prospère et atteint son apogée au IIe siècle.

Vers 300 de notre ère, Dioclétien divisa la Libye en 3 provinces, Libye sèche (capitale Derna), Libye Pentapole (capitale Ptolémaïs) et Tripolitaine (capitale Leptis Magna). On assista en même temps à un retour au nomadisme agro-pastoral.

Le déclin de l'empire romain voit les principales villes tomber en ruines et être désertées, favorisant ainsi l’envahissement des vandales en 455.

Les Vandales et les byzantins

Les Vandales, menés par Genséric firent irruption par l'ouest : ils occupèrent durablement Sabratha, laissant Oea et Leptis Magna à l'abandon.

Lorsque les Byzantins, sous le commandement de Bélisaire, général de l’empereur d’Orient Justinien 1er, s'emparent du territoire, sans grande résistance, au VIe siècle, des efforts sont faits pour reconstruire et renforcer les anciennes cités romaines qui dévastées sous le règne des Vandales.
Mais le pays est appauvri et les cités seront rapidement de nouveau laissées à l'abandon. Des villes de cette époque, seule Oea a subsisté pour devenir Tripoli, aujourd'hui capitale du pays.

Les Byzantins restèrent en Libye jusqu'en 643 après JC date à laquelle Ibn el-As lance la conquête arabe depuis l'Egypte où il était gouverneur.

La conquête arabe

La Libye fut l’un des premiers pays envahis par les arabes. Se situant sur la route directe de l'Afrique du Nord, sa conquête facilitait l'accès à la Tunisie, l'Algérie et le Maroc et servit de point de départ de l'attaque arabe.

Les Arabes conquirent d'abord la Cyrénaïque, puis la Tripolitaine qui furent progressivement islamisées et arabisées.

Les populations berbères adhérèrent presque immédiatement à la nouvelle religion mais refusèrent l’arabisation.

Les nouveaux maîtres du pays se montrent tolérants et puis ils ont d’autres chats à fouetter : conquérir toute l’Afrique du nord puis pousser vers l’Europe.
Si bien que la Libye reste livrée à elle-même. Les siècles qui suivent voient la disparition des villes exceptée Oea qui devient Tripoli et qui rassemble les population des trois emporia de la Tripolitaine et qui garde une certaine activité.

Tour à tour convoitée par les Normands de Sicile, les Hafsides de Tunisie, les Génois et les Vénitiens, Tripoli finit par être prise en 1510 par les espagnols et cédée en 1530 aux Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Les Ottomans

Au 15è siècle, l'empire turc est à son apogée et les Libyens de Tripoli demandent à la flotte turque de les aider à combattre les Espagnols et les Chevaliers de Saint Jean de Malte.
L’officier turc Mourad Agha et ses troupes assiégèrent la ville et leur flotte attaqua celle des Chevaliers de Saint Jean.
Ces derniers vaincus, quittent le territoire libyen lui préférant Malte, plus facile à défendre.

C’est ainsi que la Libye devint l'une des provinces de l'empire ottoman. La ville de Tripoli ainsi que les ports côtiers servirent de base pour les corsaires turcs.
Cependant l'autorité ottomane resta purement nominale. Les véritables maîtres du pays sont les tribus qui jouissent d’une véritable autonomie.

En 1711 Tripoli tombe aux mains du janissaire d'Ahmed Qaramanli qui se fait confirmer son autorité par le sultan Ahmed III à qui il se contente de payer un tribut annuel. Il établit une dynastie qui gouvernera le pays jusqu'en 1835 malgré de sanglants conflits internes.

En 1835, le sultan Mahmoud Il, inquiet de la progression des européens sur le territoire nord africains (perte de l’Algérie en 1830 au profit de la France), déposa le dernier des Qaramanli et rétablit l'administration directe d'Istanbul.
Il est cependant déjà trop tard, seule la Tripolitaine et quelques garnisons jusqu'à Ghât dépendent du Sultan. En Cyrénaïque, à Koufra et jusqu'au lac Tchad, la confrérie Senousis, fondée par Mohamed Ah es-Senoussi en 1840, étend son influence à tout le pays, la Tripolitaine exceptée.
Les empires coloniaux se forment, les frontières sont progressivement fixées: la France est en Tunisie en 1881, l'Angleterre en Egypte en 1882.
La Libye est alors isolée dans sa dimension méditerranéenne. C’est dans ce contexte que l’Italie, qui entretient des relations commerciales avec la Libye depuis plus d'un siècle, décide de déclarer la guerre à l'Empire ottoman le 27 septembre 1911.

La Libye sous l'occupation italienne

Le 5 octobre 1911, les troupes italiennes débarquent à Tripoli et entreprennent la conquête de la Libye. En deux mois, l'Italie occupe les villes les plus importantes de la côte : Tripoli, Cerna, Masrata.

En 1912, la Turquie engagée dans la guerre contre les Balkans, décide de renoncer à ses droits sur la Libye et signe un traité de paix avec l'Italie. Toutefois cela ne mit aucunement fin au conflit, l’Italie se heurtant à une forte résistance de la part des Senousis en Cyrénaïque.

Pendant la première guerre mondiale, l’Italie doit limiter son occupation à quelques points de la côte. En 1920, l’Italie passe un accord de cessez-le-feu avec les Senousis qui ne sera respecté que pendant 2 ans.

La lutte se poursuit jusqu’en 1931 marqué par la brutale répression italienne.
Entre 1911 et 1945, la Libye, dans sa lutte contre les Italiens, perdra 40% de sa population qui sera soit exterminée soit forcée à l'exil.

Désormais occupée et soumise au colonialisme italien, la Libye devient une «province italienne» en 1939.
Une fois établis en Libye, les Italiens effectuent de grands travaux : mise en valeur agricole, développement des villes, fouilles archéologiques, construction des routes, etc.
La répression est toujours aussi féroce et les améliorations ne profitent pas directement aux libyens mais surtout aux italiens récemment installés dans une colonie pacifiée. En 1940, 100.000 Italiens étaient installés en Libye.

Durant la Seconde Guerre mondiale, en 1940, les Italiens, conduits par le Maréchal Graziani, attaquent l'Egypte territoire Anglais. Repoussés, ils reprirent l’assaut sous les ordres du Maréchal Rommel ; ils occupèrent une partie de l'Egypte et y restèrent pendant deux ans.
La campagne de Libye opposera les forces britanniques dirigées par Auchinleck et Montgomery aux forces germano-italiennes menées par Rommel au sein de l'Afrikakorps. Elle s’achèvera en 1943 avec la victoire des alliés.

Après la seconde guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne se partagèrent le contrôle du pays.

L’indépendance

Les Français, déjà installés en Tunisie, occupèrent le Fezzan et les Anglais occupèrent la Cyrénaïque et la Tripolitaine en janvier 1943.

L'émir Muhammad Idris al-Sanusi, chef de la confrérie des senoussis, conclu un accord avec les Britanniques en vue de former un comité anglo-libyen pour préparer un gouvernement libyen. Il fut accueilli en triomphateur en Cyrénaïque en 1945 et proclama l'indépendance de la région le 1er mars 1949.

La Tripolitaine tout comme le Fezzan aspirent également à l’indépendance. Lors de sa 4ème session, le 21 novembre 1949, l'ONU décréta que la Libye devait devenir un état souverain et indépendant avant 1952, sous la forme d'un royaume fédéral formé des trois régions historiques : la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan.
Grâce à l'ONU, la Libye sera la première colonie d'Afrique à accéder à l'indépendance en 1951.

L’émir Muhammad Idris as-Sanusi, chef de la confrérie des senoussis, est désigné roi par une assemblée nationale, composée d’un nombre égal de délégués des trois régions, la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan.
Le 7 octobre 1951 est promulguée une Constitution, instituant une fédération gouvernée selon un régime monarchique parlementaire.
Le 24 décembre, le roi Idris Ier proclame l’indépendance du Royaume de Libye.

Des élections parlementaires ont lieu en février 1952 et le Parlement est réuni pour la première fois en mars.
La Libye rejoint la Ligue arabe en 1953 et les Nations unies en 1955.

Le royaume de Libye

Le nouvel État bénéficia de l’aide économique et technique de la Grande-Bretagne, de la France et des États-Unis, en contrepartie du maintien de bases militaires dans le pays. Les anglais obtinrent plusieurs bases stratégiques, des aérodromes et le droit de maintenir des troupes dans le pays principalement à Tobrouk.
Les américains quant à eux édifièrent à Tripoli la base de Wheelus Field, l’un des centres stratégiques des Etats-Unis en Méditerranée et au Moyen-Orient.
La France se retira du Fezzan dès 1955.

Sur le plan international, la Libye établit des relations diplomatiques avec l’URSS en 1956, mais repousse les propositions d’aide économique de la part des Soviétiques.
Le royaume se range dans le camp des États arabes modérés. Ainsi, la Libye refuse de participer à la guerre des Six Jours menée, en 1967, contre Israël par les pays arabes.

La découverte des gisements pétroliers, en 1958 et 1959, va modifier la position libyenne et des négociations pour le retrait des troupes étrangères débutèrent en 1964.
En 1963, la Constitution fut amendée afin de remplacer le système fédéral par un système centralisé, les trois provinces autonomes de Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan laissant la place à dix provinces. Le but étant de répondre aux impératifs liés à la production pétrolière.
Cette même réforme constitutionnelle octroya le droit de vote aux femmes.

Les premiers dividendes pétroliers permirent au roi Idris, après la guerre des Six Jours, d'apporter une aide financière à la Jordanie et à la République arabe unie, alliance égypto-syrienne, pour reconstruire leur économie.
Cependant, des tensions se font rapidement ressentir dans le pays et un climat de mécontentement croissant s'installe.
La subordination croissante du pays aux intérêts occidentaux provoqua des émeutes qui furent vite réprimées.

Le soir du 1er septembre 1969, un groupe de jeunes officiers pronassériens dirigé par le capitaine Mouammar Kadhafi, alors âgé de 27 ans, renverse la royauté.

La Révolution et La République Démocratique Libyenne

A l’issue du coup d'Etat militaire, mené presque sans effusion de sang, le roi Idriss étant en déplacement en Europe, fut créé un Conseil de la révolution, dirigé par Kadhafi.

Le nouveau maître de Tripoli affiche d'emblée un nationalisme intransigeant.
La République arabe libyenne est proclamée.
Une nouvelle organisation de l'État reposant sur la chariah (jurisprudence islamique) et une forme de marxisme d’inspiration nassérienne sont mises en place. Elle servira à justifier la nationalisation de domaines entiers de l'économie, à commencer par les compagnies pétrolières en 1973.

La Libye prend ses distances avec les occidentaux et exige l'évacuation immédiate des bases anglo-saxonnes.
En 1970, les quelques 25 000 membres de la communauté italienne demeurée en Libye après l'indépendance sont expulsés, forcés de quitter au plus vite le territoire.
L’administration, l’éducation et la culture sont intégralement arabisées.

Sur le plan intérieur, le colonel Kadhafi s’attache, dès son arrivée au pouvoir, à faire profiter au peuple libyen des revenus énormes générés par l'industrie du pétrole.

Le colonel Kadhafi engage une politique de rapprochement avec le monde arabe et lance en 1972, avec l’Egypte, la première de ses multiples tentatives d'union arabe. Malgré tous les efforts engagés, ces démarches seront toujours vouées à l’échec.

A partir de 1975, le Colonel Kadhafi entreprend des dépenses d’armement qui coûteront jusqu’à 23 milliards de dollars en 20 ans.
Violent combattants de ce qu’il appelle "l'impérialisme occidental", le colonel Kadhafi mènera dès le début des années 80 une politique de soutien de tous les mouvements indépendantistes ou d'opposition armée à travers le monde, particulièrement en Afrique et au Proche-Orient. Ce qui lui vaut d’être classé parmi les États soutenant le terrorisme international par les Etats-Unis.

Il entreprend de grands travaux de rénovation, il construit des routes, des écoles, des hôpitaux.
Il lance dès 1973, une sorte de «révolution culturelle » semblable à celle que Mao menait en Chine. Les fondements de ces orientations sont exposés dans le “Livre Vert” écrit par Kadhafi, dans lequel il expose sa vision de la démocratie et de la politique basée sur l’autorité du peuple et le socialisme.

La politique économique et sociale inspirée du «Livre vert» a été radicale : dissolution des administrations d'Etat, répression des opposants, limitation de la propriété foncière et immobilière, suppression du secteur privé, interdiction de recruter des salariés (seuls des associés au capital peuvent augmenter les effectifs d'une entreprise), promotion sociale de la femme (y compris sur le plan militaire).

Le 2 mars 1977, la République Arabe Libyenne devient la Jamahiriya Populaire Socialiste Libyenne.
Le mot « Jamahiriya » est un néologisme qui peut être défini comme le socialisme islamique.

La nécessaire réorientation du régime

Après avoir à maintes reprises tenter de s’unir aux pays arabes, la Libye va peu à peu se détacher de cette politique jusqu’à avoir des conflits frontaliers avec l’Egypte et la Tunisie en 1985.

Sur la base d’un conflit colonial, la Libye qui convoite, la bande d’Aozou réputée riche en uranium et en manganèse, envahit militairement le nord du Tchad.
Cette intervention militaire de la Libye au Tchad marque les premiers heurts avec les occidentaux. Notamment avec la France qui, en 1983, arrête les troupes libyennes qui menaçaient N’Djamena.

Les positions radicales de Kadhafi à l'endroit d'Israël et le soutien qu'il accorde à des mouvements terroristes lui attirent également l'hostilité des Etats-Unis qui, en 1986, face à la multiplication des attentats terroristes, bombardent Tripoli et Benghazi, détruisant le quartier général de Kadhafi.

Après l'attentat survenu en 1988 contre un Boeing de la Panam au-dessus de Lockerbie en Ecosse, l'ONU impose, en 1992, un embargo aérien et militaire contre la Libye.

En 1994, une décision de la Cour internationale de justice de La Haye, obligera la Libye à rendre la bande d'Aouzou au Tchad.
En 1995, pour protester contre la signature des accords d'Oslo entre l'OLP et Israël, le pays expulse 30 000 Palestiniens.

En 1997, le colonel Kadhafi multiplie les voyages dans les pays de la zone sahélienne et annonce la reprise des investissements libyens au Soudan et au Mali. Toujours dans le but de rompre l'isolement de son pays, il renoue les relations diplomatiques avec le Tchad.

A partir de 1999, le colonel Khadafi s’emploie à reprendre des relations diplomatiques avec les pays occidentaux.
D’abord avec le Royaume-Uni puis avec les États-Unis en 2002 en contrepartie du versement par la Libye de compensations aux familles des victimes de Lockerbie.
Les dernières sanctions internationales seront définitivement levées en septembre 2003.
En 2004, la Libye réévalue l’indemnité versée aux familles françaises de l'attentat du DC-10 d'UTA.

En 2003, cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien sont accusés d'avoir volontairement contaminé avec le virus du SIDA, 438 enfants d'un hôpital de Benghazi. Ils seront condamnés à mort en mai 2004 après un procès expéditif.
Cette sentence sera confirmée en décembre 2006, à la suite d’un nouveau procès, puis en juillet 2007.

Après huit ans d’emprisonnement en Libye, les infirmières bulgares sont libérées, par la médiation de l’Europe et notamment grâce à l’intervention du Président de la République Française Nicolas Sarkozy et de son épouse Cécilia le 24 juillet 2007.

Selon diverses sources cela ne s’est pas fait sans contrepartie. L’Union européenne, aurait payé une rançon sous la forme de fortes sommes versées aux familles des enfants.
En toile de fond, d’autres enjeux traversent cette diplomatie : d’une part, la volonté de solidarité envers un nouveau membre de l’UE et d’autre part, celle de se rapprocher de la Libye en vue des négociations sur le Darfour.

Cette libération permettra un rapprochement de la France avec l’Etat libyen, concrétisé à l’automne suivant avec la visite officielle du Colonel Kadhafi en France.

De l'insurrection à l'effondrement du régime

Début 2011, plusieurs villes de Lybie seront touchées par les mouvements de protestations qui ont débutés en Tunisie et en Egypte.
Tout comme dans ces pays, les manifestations seront durement réprimées par l’armée qui reprend rapidement le contrôle sauf dans l’est du pays.

En mars, est formé à Benghazi, un Conseil national de transition avec pour objectif déclaré de renverser le régime de Kadhafi et d’assurer la transition du pays vers la démocratie.

Alors que Benghazi est menacée par le régime du Colonel Kadhafi, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte la résolution n° 1973, qui exige un cessez-le-feu et autorise la communauté internationale à établir une zone d'exclusion aérienne sur la Libye.

Après, Six mois d’insurrection et vingt et une semaines de bombardements de l’Otan, les forces du CNT prennent Tripoli le 23 août et mettent fin à quarante-deux ans de dictature.
Kadhafi, qui a quitté la capitale est mis à prix et mis sous le coup d’un mandat d'arrêt international. Ses partisans détiennent encore quelques poches de résistance, principalement Syrte et Bani Walid.

Le 16 septembre, l'Assemblée générale des Nations unies reconnait le CNT comme gouvernement de la Libye.

Le 20 octobre 2011, Syrte est la dernière ville kadhafiste à tomber aux mains des forces du Conseil national de transition.
Mouhammar Kadhafi qui s’y était réfugié, est capturé et tué le jour même.

L'Après Kadhafi

Le 23, les représentants du CNT par l’intermédiaire de son président Moustafa Abdel Jalil, annoncent la fin de l'insurrection et l'instauration d'un régime fondé sur la loi islamique (charia) : le divorce est interdit et la polygamie rétablie; on projette la création de banques islamiques.