DIAKADI / Afrique Centrale / Cameroun

On estime que le sud-ouest du Cameroun pourrait être, avec et le sud-est du Nigeria, le berceau des peuples bantous qui s’y seraient installés au Ier millénaire avant notre ère.

Le premier État connu des historiens dans la région est celui du Kanem, qui se développa autour du lac Tchad à partir du IXe siècle. Il atteignit son apogée à la fin du XVIe et au XVIIe siècle et imposa sa suzeraineté à la majeure partie du territoire camerounais. Mais il se heurta sans cesse à la résistance des peuples et des petits royaumes camerounais (notamment les royaumes kotoko et mandara).

À la fin du XVIe siècle, une grande vague migratoire des Peuls (peuple de pasteurs nomades), atteignit le lac Tchad puis au siècle suivant, l'Adamaoua actuel, contribuant à la diffusion de l'islam.

Organisés en petits États théocratiques musulmans, dirigés par un lamido, à la fois chef politique et spirituel, ils s’allièrent sous la férule d’Adama, guerrier d’Ousman dan Fodio, réformateur musulman et fondateur de l'empire du Sokoto, qui conquit le nord de l'actuel Nigeria. Ils étendirent et consolidèrent leur pouvoir et entreprirent d’islamiser les plateaux du Sud qui prirent le nom d'Adamaoua.

Le royaume bamoun, dont la capitale se situait à Foumban, dû lutter contre l'expansion peule. Le seizième roi, Njoya, intronisé en 1895, est resté célèbre pour l'alphabet composé d'idéogrammes qu'il créa et pour la carte du pays qu'il avait fait établir. Converti à l'islam, il fut détrôné en 1923.

En 1472, le navigateur portugais Fernando Pó découvrit l'estuaire de la Sanaga, qu'il baptisa Rio dos Camaroès ( Rivière des crevettes ). CAMAROES deviendra plus tard par déformation le CAMEROUN.

Les Européens attendirent cependant le XVIIe siècle pour créer sur la côte camerounaise des comptoirs commerciaux, d'où étaient exportés vers l'Europe et le Nouveau Monde ivoire, bois précieux et esclaves.

Les Allemands furent les plus actifs. Avec Gustav Nachtigal, ils avaient mené l'exploration de l'intérieur des terres. Gustav Nachtigal signa en 1884 des traités avec les souverains doualas de la côte : l'Allemagne établissait ainsi son protectorat sur le Cameroun et entreprit la colonisation du pays, mais la brutalité de ses méthodes suscita une vive résistance des populations locales.

Vaincus par les autochtones en 1891 au pied du mont Kamerun, ils lancèrent une expédition punitive en 1894 et «pacifièrent» le centre du pays; après des guerres meurtrières, ils atteignirent l'Adamaoua en 1899 et le lac Tchad en 1902 et soumirent la totalité des états camerounais. Seul le royaume bamoum, dont le souverain Njoya (1875-1933) avait le génie de la négociation, demeurait invaincu: flattant les Allemands, Njoya ouvrit son pays aux innovations politiques et économiques qu'ils proposaient sans se démettre de son pouvoir.

En 1911, le territoire du Kamerun s'élargit d'une partie du Congo cédée par la France.

Les Allemands, entreprirent de mettre en valeur sa colonie, confiant en partie son exploitation à de grandes sociétés commerciales et à des compagnies concessionnaires. Ainsi furent créés des plantations de cacaoyers, de bananiers, de caféiers, d'hévéas, de palmiers à huile et de tabac. Ils construisirent des lignes de chemin de fer des routes, des ponts, des hôpitaux...

La première guerre mondiale permis aux français associés aux britanniques d’envahir le protectorat allemand du Kamerun en 1916.

En 1919, le pays, dans ses frontières antérieures à 1911, fut placé sous mandat de la Société des Nations (SDN) qui en confia les 4/5 à la France. Le reste revenant à la Grande-Bretagne sera rattaché au Nigeria.

En 1945, l'ensemble des territoires camerounais passa sous tutelle de l'Organisation des Nations unies (ONU). Le Cameroun oriental obtint son autonomie interne en 1958, dans le cadre de la Communauté française, puis accéda à l'indépendance en 1960. Le Cameroun occidental se scinda en deux après un référendum d'autodétermination organisé en 1961. Les populations du Nord choisirent de rester nigérianes tandis que les habitants du Sud demandèrent leur rattachement au Cameroun. La même année fut formée une république fédérale du Cameroun, sous la présidence d'Ahmadou Ahidjo, Premier ministre depuis 1958.

Dès la mise en place du nouvel État, de nombreuses confrontations opposèrent le Sud bamileke et chrétien contre le régime dominé par un homme du Nord musulman le président Ahmadou Ahidjo. 

En 1963, il réprima la révolte qui opposa des militants de l’Union du peuple camerounais (UPC), un parti révolutionnaire et nationaliste contre le centralisme de Yaoundé. 

En 1966, c’est l’installation d’un parti unique, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) qui mit ainsi fin aux principaux partis camerounais.

En 1972, un référendum fut organisé par Ahidjo dont l’objectif fut de transformer l’État fédéral en une république unique du Cameroun. Réélu en 1975, puis en 1980, le président Ahidjo fut contraint de se retirer de ses fonctions pour raisons de santé en fin 1982. Il fut dès lors remplacé par Paul Biya, son ancien Premier ministre puis contraint à l’exil en juillet 1983. 

Après sa deuxième réélection en 1988, le Président Paul Biya installa une nouvelle Constitution qui fut notamment à l’origine de la suppression de la fonction de premier ministre. Toujours dans la même année, ce fut l’installation d’un premier plan d’ajustement à la demande du Fonds monétaire international (FMI).

En 1990, le Cameroun dû faire face à de nouvelles agitations au sein de son gouvernement en refusant la légalisation d’un parti anglophone, le Front démocratique social (Social Democratic Front, SDF). S’en suivirent d’innombrables manifestations dans le nord-ouest du pays. La crise économique contraint Paul Biya à ouvrir le pays au multipartisme. 

Les premières élections pluralistes débutèrent en mars 1992 par des affrontements entre communautés au nord. L’ancien parti unique, le RDPC, obtint la victoire. Elle remporta les deuxièmes élections législatives en mai 1997. Paul Biya a remporté en octobre de la même année l’élection présidentielle. Mais le parti fut accusé de fraude électorale et de corruption. En 1998, l’emprisonnement d’un journaliste, lors d’un article qui fait état d’un malaise du président Biya fut à l’origine d’une campagne qui prône le droit à la liberté de la presse.

Le Cameroun retrouve sa souveraineté sur la péninsule de Bakassi

Ce territoire marécageux de 1000 km², riche en hydrocarbure et bordé d’eaux très poissonneuses, situé à la frontière sud-ouest avec le Nigeria, était disputé depuis 1913 par le Cameroun et le Nigeria. Les deux pays avaient même faillis entrés en guerre en 1981.

Suite à de graves incidents et affrontements armés survenus en 1993, le président Gnassingbe Eyadéma du Togo avait été nommé médiateur par l’ONU. En 1994, le Cameroun avait confié le dossier à la Cour internationale de justice de La Haye. Le 10 octobre 2002, la Cour, se basant sur la validité et le respect de l’accord germano-britannique du 11 mars 1913, qui délimitait la frontière entre les deux pays au niveau de la zone de Bakassi, a tranché en faveur du Cameroun.

Mais cette décision n'a pas mis fin à la crise, le retrait des soldats nigérians, initialement prévu le 15 septembre 2004, a été reporté sine die. Le Nigéria estimait en effet que les intérêts de ses résidents à Bakassi étaient négligés.

Après quatre ans d'accusations mutuelles et d'efforts diplomatiques, au sein d'une commission mixte sous l'égide de l'Onu, le 12 juin 2006, le Nigeria a accepté de rendre au Cameroun la province de Bakassi en signant l’Accord de Greentree. Les deux parties doivent désormais discuter du tracé de leurs frontières maritimes.

L’accord prévoit le retrait du Nigéria à la date du 14 août 2006 et que les îles d'Atabong et d'Abana, qui forment la partie occidentale de Bakassi, seront encore administrées par Abuja pendant les deux années qui suivent le retrait. L’administration nigériane se voit octroyer un délai de 7 ans pour se retirer totalement du territoire de Bakassi. Enfin, les ressortissants nigérians vivant dans le sud de la péninsule auront deux ans pour décider s'ils restent en territoire camerounais en tant qu'immigrés, adoptent la nationalité camerounaise ou rentrent au Nigeria.

Nombre des résidents nigérians de Bakassi sont décidés à mener la résistance contre «l’envahisseur camerounais», certains d’entre eux ont déclarés la sécession de la « République démocratique de Bakassi ». Le retrait s'est, malgré tout, déroulé sans heurts à la date prévue.